Manoir de grands corbeaux

Forêt de Stangald, 18/01/1919

Notre famille Corbel a hérité du vieux manoir de Grands Corbeaux en 1918.
Moi Léon, ma femme Augustine et mes deux enfants, Alphonse et Gustave.
Lorsque nous arrivâmes au manoir, plus rien ne ressemblait à ce que ma mémoire avait gardé de ma dernière visite 50 ans plus tôt. La forêt qui l’entourait était devenue sombre et lugubre. Le manoir était vieilli par le temps et l’humidité, et semblait avoir été entièrement capturé par là végétation. Du grand hall d’entrée jusqu’aux chambres des domestiques, fenêtre ébranlées, sol délabré et tapisseries rongées étaient les seuls vestiges de la grandeur que le manoir avait connue un demi siècle plus tôt.

Pourtant, une pièce avait été totalement épargnée. Au milieu du manoir, la pièce qu’il m’était totalement interdite de visiter enfant : la bibliothèque aux manuscrits de l’oncle Philigore.
Nous entrâmes par une porte secrète, au fond d’un couloir sombre aux hauts plafonds que des corbeaux avaient élu comme refuge. A l’entrée de la bibliothèque, une lettre de l’oncle Philigore nous expliquait alors l’intrigue la plus bouleversante de notre vie…

« Mes enfants, mes neveux, ou quiconque ayant pu entrer dans cette bibliothèque.
Si vous lisez cette lettre c’est que je ne suis plus de ce monde, ou dans l’incapacité totale de revenir à Grand Corbeaux. Mes amis, en passant cette porte vous courrez un très grave danger. Lisez cette lettre jusqu’au bout, il en va de votre sort et de celui de milliers de personnes à travers le monde. Et aussi à travers le temps…
Chaque manuscrit de cette bibliothèque raconte un épisode tragique de l’histoire au cours duquel un groupe de personnes a connu un destin funeste. Ces épisodes peuvent être aussi bien passés que futurs, et je n’ai jamais eu assez de temps pour savoir depuis quand, et jusqu’à quand l’Histoire était ainsi contée…

Mais ATTENTION, ces manuscrits renferment un pouvoir magique qui peut être aussi maléfique que sacré. A la lecture à voix haute d’un de ces manuscrits, son lecteur, ainsi que ceux qui l’écoutent, sont transportés dans la peau des personnages du récit, dans le lieu et l’époque où l’histoire s’est déroulée. Le voyage ne peut durer malheureusement qu’une heure et c’est alors qu’une course contre la montre commence pour les voyageurs. Soient ils parviennent à sauver le destin des personnages dont ils pris la peau, soient ils restent bloqués dans les couloirs de l’espace temps. Une heure pour leur sauver la vie, et surtout la votre.
Prendrez-vous le risque du voyage ?
Seuls des techniciens et enquêteurs expérimentés devraient tenter un tel périple.

J’ai pris la décision de m’enfermer dans ce manoir et d’utiliser le pouvoir de cette bibliothèque pour changer le cours de l’histoire et sauver autant de vies que je ne le pourrais. Si vous lisez cette lettre, c’est peut-être parce que j’ai connu mon premier et dernier échec.
Je vous confie donc la responsabilité de ce pouvoir, en espérant que vous en ferez un bon usage, et que vous connaîtrez un sort différent du mien.

Philigore de Corbel »